Monseigneur,
Pénétrés de la plus vive et de la plus respectueuse
reconnaissance, nous recourons encore à la protection de Votre Grandeur,
non pour lui demander de nouvelles grâces, parce que nous craignons
de l'importuner, mais pour vous représenter,
Monseigneur, que l'entreprise
sur laquelle Votre Grandeur a bien voulu jeter quelques regards favorables
ne peut pas s'achever tant que M. Diderot sera à Vincennes. Il est
obligé de consulter une quantité considérable d'ouvriers
qui ne veulent pas se déplacer; de conférer avec des gens
de lettres qui n'auront pas la commodité de se rendre à Vincennes,
de recourir enfin continuellement à la bibliothèque du Roi,
dont les livres ne peuvent ni ne doivent être transportés si
loin.
D'ailleurs, Monseigneur, pour conduire les dessins et les gravures, il faut
avoir sous les yeux les outils des ouvriers, et c'est un secours essentiel
dont M. Diderot ne peut faire usage que sur les lieux.
Ces considérations, Monseigneur, ne peuvent valoir auprès
de Votre Grandeur qu'autant qu'elle voudra bien
se laisser toucher de l'état
violent dans lequel nous sommes, et s'intéresser à l'entreprise
la plus belle et la plus utile qui ait jamais été faite dans
la librairie. C'est la grâce que nous vous demandons, Monseigneur,
et que nous espérons de votre amour pour les lettres.
Nous sommes, avec un très profond respect,
Monseigneur, de Votre Grandeur,
Les très humbles et très obéissants serviteurs,
Briasson.
David l'aîné.
Durand.
Le Breton, imprimeur ordinaire du Roi.